Voici une nouvelle interview d’une consultante basée à Nantes, Françoise Adam, créatrice d’AKENE et du réseau AKENE Groupe. Les activités de Françoise sont nombreuses : coach « projet », coach « métier », depuis l’élaboration du projet professionnel jusqu’au développement des compétences. Elle accompagne des particuliers, en réorientation professionnelle, par exemple, ou des entreprises, en particulier des décideurs. Elle est également très impliquée dans les problématiques de la formation et pilote actuellement un dispositif de formation de formateur d’adultes diplômant.

SFC Invest : Bonjour Françoise. Nous avons fait connaissance début 2014 autour de nos activités professionnelles et aussi via ton intérêt pour un mouvement politique naissant. (Nous Citoyens). Merci de m’avoir invité dans ce contexte pour une soirée dont je garde un très bon souvenir. Peux-tu stp en quelques mots nous décrire ton parcours de vie et professionnel ?

Tout a commencé quand j’avais 13 ans, je faisais du scoutisme alors. C’est à cet âge que j’ai animé mon premier évènement public : il s’agissait d’une fête de fin d’année et d’un public de parents et d’amis. J’ai su ce jour-là que ma place était là, que j’étais une animatrice.

Mes parents faisaient de la politique. J’ai conservé de cette époque l’intérêt pour le progrès social, le goût des débats et le sens du bien commun. Mais j’ai été rapidement attirée par la psychologie.

Après un BTS de secrétariat de direction et plusieurs années de collaboration avec mon mari, artisan électricien, j’ai repris des études, de psychosociologie, mais aussi d’organisation, de qualité. J’ai travaillé sur les approches métier/compétences ainsi que sur la communication interpersonnelle et suis devenue formatrice en management. J’ai longtemps collaboré avec l’AFPI et le CESI, qui à l’époque étaient dans des démarches fortes de professionnalisation. C’était le temps des démarches qualité totale. J’en ai accompagné beaucoup et contribué à la performance et à la pérennité des entreprises de mes clients.

Je n’ai cessé d’apprendre, d’approfondir mes connaissances et d’en tester la valeur sur le terrain. C’est à partir des années 90, avec l’émergence des phénomènes de stress, que j’ai commencé à m’intéresser aux neurosciences et aux préférences cérébrales. Le fonctionnement corps/cerveau m’a passionnée et j’ai entrepris en 2007 une formation de kinésiologue dont j’ai pu tester l’efficacité depuis et que j’utilise aujourd’hui dans mes accompagnements « No stress ! ».

Si je résume ma carrière, je dirais 4 choses : J’ai fait de la politique, de la psycho, de la communication et de l’organisation. J’ai fait de la politique, car tout est politique. Mais je l’ai fait « de l’intérieur », je veux dire que j’ai cherché à agir à l’intérieur des organisations et des êtres, de moi-même aussi. Et j’ai fait de la psychologie, de l’organisation et la communication, ces activités étant déclinées sous une multitude de formes et dans des contextes aussi divers que le monde agricole, les multinationales, la fonction publique ou les travailleurs handicapés en recherche d’emploi. Dans toutes les situations il s’agit d’humains avec leurs forces et leurs freins, de communication et d’organisation.

Ce qui caractérise mes pratiques a toujours été l’accessibilité : que les choses soient faciles, faciles à comprendre et facile à mettre en œuvre. Permettre au plus grand nombre de s’approprier les concepts et les méthodes par l’accès à des outils simples, pratico-pratiques, permettant d’obtenir rapidement des résultats. Et de retrouver du plaisir à travailler et à être ensemble.

Comment as-tu pris la décision de créer ton entreprise, Akene, et dans ce format en particulier de réseau de consultants ?

Je dirais que je n’ai pas pu faire autrement. J’étais trop autonome, trop créative, trop indocile, trop curieuse, pour m’intégrer dans une structure. J’ai tenté plusieurs fois de le faire et j’en ai retiré tant de frustration que je reprenais à chaque fois ma liberté.

Travailler en solo était facile dans les années 1990 c’était même gratifiant, les projets étaient nombreux : il y avait des moyens, beaucoup de besoins et peu d’offres, le travail, les qualités personnelles ou commerciales faisaient le reste.

Aujourd’hui c’est le contraire. Les offres pullulent et les moyens baissent. Les consommateurs veulent pouvoir comparer les offres, consulter des sites bien faits, être accompagnés… tout cela demande de nouvelles compétences et des moyens qu’un prestataire solo ne peut avoir. D’où l’idée de créer AKENE Groupe. Mais la période étant ce qu’elle est, nous avons eu du mal à élaborer un projet commun, une offre commune : il nous a manqué de la maturité, une vision claire de l’avenir. Aujourd’hui le groupe est en sommeil. Nous travaillons surtout en apport d’affaires, en mise en relations et nous nous soutenons les uns-les autres, ce qui n’est pas négligeable par les temps qui courent, en continuant à réfléchir et à travailler.

Quels enseignements principaux as-tu retiré de cette expérience entrepreneuriale ?

Si c’était à refaire ? Je recommencerais. Mais je m’y prendrais autrement pour améliorer mes résultats financiers. Je me coacherais moi-même !

Le principal enseignement a été pour moi de comprendre à quel point je manquais de confiance en moi. J’ai longtemps compensé par une boulimie de connaissance. J’ai appris, appris, appris… comme le font tous les autodidactes qui n’ont jamais de retour sur leur niveau de compétence. Ce manque de confiance m’a longtemps empêchée de faire confiance aux autres et de travailler en équipe. A l’époque, cela n’était pas forcément une nécessité. Aujourd’hui, c’est une question de survie. Seuls ceux qui travailleront en réseau survivront, qu’il s’agisse des indépendants ou des groupes internationaux. Et même à l’intérieur des entreprises il faut réseauter.

L’autre chose que j’ai appris avec le temps, c’est de moins m’impliquer émotionnellement dans mes activités et de m’appuyer sur des outils. J’y ai trouvé davantage de force, de légitimité, d’efficacité, et donc de satisfaction. Ces enseignements me sont très utiles dans mon travail de coaching.

Je crois beaucoup à l’importance des TPE et micro entreprises mais il faut les soutenir, et c’est toujours l’homme ou la femme qu’on soutient. L’entreprise est un concept, c’est l’humain qui fait le boulot ! Et le dirigeant est très seul.

Aujourd’hui, tu pilotes une formation de formateurs. Peux-tu nous en dire plus ?

J’adore la formation. J’ai consacré une grande partie de mon activité à former et à professionnaliser des formateurs, des consultants. J’ai accompagné des organismes, ou des services formation dans des démarches qualité de service. C’est un métier que je connais vraiment bien. J’ai été sollicitée par AVT Consultants pour assurer le pilotage pédagogique de la formation de formateur d’adultes qu’ils ouvrent à Nantes en octobre prochain. J’ai dit banco ! Et je m’en réjouis d’avance. Lire le référentiel pédagogique du dispositif.

Qu’est-ce qui te plait dans cette activité ?

Ce qui me motive, ce sont des raisons politiques : faire un monde meilleur, plus intelligent, plus juste, plus soucieux de l’environnement. Je ne sais plus qui disait « l’homme n’est ni ange, ni bête, et qui veut faire l’ange, fait la bête ». J’en suis profondément convaincue et que crois que le meilleur rempart contre la barbarie c’est la culture et l’éducation qui développent le respect de soi et des autres. La culture et l’éducation ne s’inscrivent pas dans les gènes. Il faut sans cesse y revenir, entretenir, réapprendre à chaque génération, au risque sinon, de retourner à la barbarie.

Les études prospectives montrent que la formation et la santé seront les 2 grands secteurs économiques qui vont encore se développer. Il y a des marchés à conquérir, notamment dans les pays francophones et les français ont un rôle à y jouer, mais il faut être professionnel.

Et l’idée de permettre aux futurs formateurs d’acquérir de l’autonomie, de la liberté, d’exprimer leur créativité, leur empathie et d’avoir du travail, me plaît beaucoup.

Nous avons eu l’occasion d’en parler récemment ensemble : le monde de la formation est en plein bouleversement actuellement en France. Peux-tu resituer pour nous le changement de périmètre survenu et ses impacts sur la profession ?

Je vais essayer de faire simple, et même simpliste car tout est sur internet : les enjeux de la formation sont énormes et les budgets, jusqu’ici, mal employés. Quant aux résultats produits, on s’interroge… D’où la volonté des partenaires sociaux et de l’état de faire évoluer les choses. La réforme est une loi incitative, qui prendra forme au cours du temps et va sans doute encore évoluer. Elle initie de vrais changements.

Le but général de la réforme est d’améliorer la performance globale du système de formation sur 4 axes : les coûts, la formation des publics les plus « fragiles » car peu ou pas formés, la qualité (les résultats obtenus), le marché. Elle responsabilise davantage les acteurs et propose des stratégies et des outils pour chacun des axes. Voir la boîte à outils de la formation…

Faire baisser les coûts

Au niveau des coûts, la réforme modifie à la baisse le taux des cotisations et redonne aux entreprises le leadership de leurs achats de formation ce qui les responsabilise, va développer les pratiques de concurrence et faire baisser les prix.

Elle offre aux OPCA l’opportunité de devenir des observateurs et des régulateurs du marché. Ils vont pouvoir proposer à leurs adhérents des formations à fort enjeux à des prix négociés, constituer des catalogues, choisir des prestataires. Cette mission nouvelle est très controversées car certains craignent une concurrence déloyale vis-à-vis des prestataires du marché. Tout dépendra de l’offre et il est fort probable que les OPCA développeront des offres qui justement, n’existent pas sur le marché. A suivre…

La formation et la qualification des « non formés »

Le financement des formations est désormais fortement conditionné par l’accès à des diplômes ou des titres professionnels. Seules les formations qualifiantes étant financées par les OPCA, il en résultera à terme l’émergence de cursus diplômants dans de nombreux secteurs.

Les salariés et les demandeurs d’emploi

La grande innovation de la réforme concerne le CPF (Compte personnel de formation) et le conseil en évolution professionnelle. Ces nouveaux outils offrent désormais à tout salarié ou demandeur d’emploi l’opportunité de construire un parcours professionnel diplômant en plusieurs années.

L’objectif est de permettre aux personnes non qualifiées de le devenir durant leur vie professionnelle et l’on devrait voir disparaître, à terme, les profils de personnes non qualifiées, non diplômées après 20 ou 30 ans de carrière. C’est ainsi que chacun va pouvoir conforter son employabilité, éventuellement réorienter ses activités si le métier est en déclin ou s’il est intéressé par un autre métier. Pour tout savoir sur le CPF, lire la suite…

De même qu’elle responsabilise les entreprises en leur redonnant le leadership de leurs achats de formation, la réforme responsabilise les salariés puisque le CPF est géré directement pas eux via le compte formation et non plus par l’entreprise comme l’était le DIF, qui lui, est supprimé.

Les entreprises

Les incidences vont être différentes pour les grandes entreprises et pour les PME ou TPE mais dans tous les cas, on va passer d’une logique de gestion des budgets de formation à une logique de qualité, voire de performance de la formation.

Pour les grandes entreprises le développement des pratiques d’achat va nécessiter de développer des politiques de formation. Que veut-on acheter et pour quoi faire ? Et de se mettre d’accord.

C’est déjà plus ou moins le cas dans les grands groupes. La plupart disposent d’un service formation interne qui travaille déjà dans ce sens, mais, jusqu’à présent, c’était la performance économique et la gestion administrative qui primaient. La réforme invite à développer la qualité.

Les notions de compétences, voire de compétences d’équipe, de travail en réseaux, vont se développer. Le management et tous les facteurs qui concourrent à la compétence seront pris en compte ce qui nécessitera un travail collectif d’ingénierie et des arbitrages. Les services formations internes évolueront et joueront de plus en plus et de mieux en mieux un rôle de conseil interne.

Les PME s’engageront également dans cette voie, mais c’est plus difficile pour elles car elles ont moins d’effectifs et moins de moyens. C’est là que les OPCA vont pouvoir intervenir, les soutenir et les aider. Et inventer des solutions nouvelles pour permettre aux PME de se former.

Les OPCA

Leurs missions et leurs rôles sont élargis : on attend d’eux qu’ils deviennent de véritables conseiller pour aider les PME à mieux former leurs salariés : catalogues pour les formations récurrentes à fort enjeux, contrôle sur les prix, sur les contenus, évaluation de la qualité des formations : missions nouvelles pas forcément faciles à mettre en œuvre.

Placés au cœur du système, entre les acheteurs de formation, les prestataires et les formés, les OPCA sont aussi en relation avec les acteurs locaux : organisations consulaires, politiques, professionnelles, administrations, etc. Ils sont évidemment les mieux placés pour assurer à la fois un rôle de conseil, d’intermédiaire, de financeur et de régulateur sur le marché de la formation. On attend d’eux qu’ils développent leurs activités de conseil et jouent un rôle moteur sur le terrain. Une de leurs principales missions sera d’aider les entreprises à professionnaliser leurs pratiques d’achat de formation. Je vous invite à consulter les sites des différents OPCA de votre secteur car leur discours et leurs priorités sont différentes.

Le marché de la formation

La réforme va induire des conséquences pour tous les acteurs : les acheteurs de formation, (les entreprises mais aussi à terme, la fonction publique), les prestataires de formation, les OPCA, les salariés et les demandeurs d’emploi. Et les règles des financements ont changé. Voir la boîte à outils de la formation…

L’offre de formation était devenue plétorique : impossible pour un acheteur de formation de s’y retrouver et d’évaluer la qualité des prestataires et des prestations. C’est ainsi que le critère de prix est devenu pour beaucoup le seul valable, au détriment souvent de la qualité.

La suppression du DIF entraîne la suppression du financement d’un grand nombre de formations dites « transverses » : management, communication, organisation, commercial, etc… Ce qui entraîne au premier semestre 2015 une baisse considérable d’activité pour un grand nombre de prestataires indépendants.

Les besoins demeurant, les entreprises vont finir par les financer, sans prise en charge par les OPCA. Les taux de cotisation aux fonds de formation ayant diminué, cela ne coûtera pas plus cher aux entreprises.

Il faudra un peu de temps pour que les gestionnaires de formation fassent leurs comptes après quoi se développeront de nouvelles pratiques d’achat de formation. On est bien plus sélectif lorsqu’on paye un achat de ses propres deniers que lorsqu’il est financé par des fonds mutualisés. Et l’on est plus attentif au retour sur investissement.

Cette période transitoire est très difficile pour les prestataires de formation. Tandis que les petits organismes sont en grande difficulté par manque d’activité, les majors sont contraints de faire évoluer fortement leurs pratiques : modernisation de leur offre, meilleur accès à l’information, développement du e-learning, numérisation, amélioration des compétences de leurs salariés, etc… Ce n’est pas facile non plus et la concurrence est vive.

Est-ce que tu es à la recherche de quelque chose dans le cadre de tes activités (des clients, des partenaires, des salariés, des idées, etc) ?

Je suis en fin de carrière et convaincue de l’importance à laisser la place aux jeunes : Le monde qui se prépare est le leur. Convaincue aussi qu’ils sont moins bien formés que nous l’étions à leur âge et donc moins armés. Internet et le numérique peuvent porter des illusions et devenir des bouffeurs de temps terribles et si l’on n’a pas préalablement constuit une personnalité forte et un projet professionnel ancré dans la réalité, alors, on rencontre énormément de difficultés.

Je dispose de nombreux outils que j’ai plaisir à partager. Mon projet pour les années qui viennent est d’apporter aux jeunes ce qui leur manque : gérer leur stress si c’est cela qui les handicape, réaliser un bilan personnel et professionnel, trouver un emploi, créer leur micro entreprise, conduire une réflexion stratégique pour trouver le bon positonnement, mieux communiquer, s’organiser… Toutes ces compétences fondamentales qui constituent les assises de la réussite.

Et quand la situation nécessite des compétences autres que les miennes, je passe le relai à d’autres : c’est le cas pour les financements, le webmarketing, la communication et la e-communication notamment.

Quel type de clients souhaites-tu servir en priorité à l’heure actuelle ?

Je travaille de plus en plus avec des individus. Ils sont salarié, demandeur d’emploi, travailleur indépendant, chef d’entreprise, cadre. Je conserve de bonnes relations avec des centres de formation qui me proposent des missions, dans la fonction publique notamment. Cela me permet de rester en contact avec le monde de l’entreprise.

Les problèmes de stress se développent fortement et je propose des démarches complètement individualisées pour travailler à la fois sur les méridiens par des techniques d’acupressure, et des plans d’action pour modifier le réel, car si l’on agit à ces 2 niveaux, c’est très efficace. Lire le programme de la formation « NO STRESS ».

De nombreux travailleurs indépendants ont créé leur entreprise il y a un ou deux ans et commencent à rencontrer des difficultés de développement et de communication dues essentiellement à un mauvais positionnement stratégique : ils se sont lancés passionnément dans l’action et sont maintenant prêts à réfléchir de façon plus posée aux stratégies à adopter.

Je les accompagne dans ces réflexions et fait émerger avec eux ce qui deviendra les fondements de leur communication et de leur site internet : les éléments forts de leur identité, leurs atouts, leur offre, et tout ce qui les caractérise. Une fois ce travail de fonds réalisé, je passe le relai aux professionnels du webmarketing et de la communication avec lesquels je travaille.

Et comment peuvent-ils entrer en contact avec toi ?

En m’appelant tout simplement. Mobile : 06 59 48 63 08.

Voir le site d’ Akène…

A bientôt et merci beaucoup de ta participation Françoise 🙂